12 mars 2008

Album de la semaine : “Les 3 papas”

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Avec ce Livre-Cd, ça va swinguer dans les chaumières ! Marc Caillard, le fondateur d’ Enfance et musique, nous propose une plongée dans sa famille… musicale. Les chansons, traditionnelles ou nouvelles, sont autant de clins d’œil drôles ou tendres aux liens de parentés.

Issu d’une famille de musiciens, Marc Caillard a convié ses deux frères à l’accompagner dans cette aventure musicale (chants et piano). On y retrouve un mélange de chansons traditionnelles (”Trempe ton pain Marie”, “Ne pleure pas Jeanette”) orchestrées avec talent.

On découvre des reprises surprenantes comme la chanson de Brassens “Maman papa”. On fredonne en famille les paroles de ces morceaux accompagnés à merveille par les dessins d’Antonin Louchard, illustrateur jeunesse reconnu.

A écouter avec tendresse et sans modération.

Les trois papas / Hélène Bohy et Philippe Berthe (Enfance et musique, 2007)Voir la notice

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4 mars 2008

Album de la semaine : TRANS AM, “Sex change”

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Une fois encore je me vois forcé d’avouer mon ignorance de ce groupe. A ma décharge, je ne peux même pas invoquer la maigreur de leur discographie, ce trio de Washington DC a eu une production pléthorique : pas loin de 10 beaux albums en un peu plus de 10 ans. Mais qu’ai-je donc fait pendant toutes ces années ? Bref, une fois encore je fais pénitence et m’engage à écouter avec délice plusieurs Ave maria !

Trans Am - Sex changeVoila bien un disque qui n’annonce pas la couleur. Car derrière cette pochette énigmatique (un discret hommage au David Lynch de Twin Peaks ?) et un titre racoleur / paresseux pas d’autre enseignement à tirer que le penchant des énergumènes pour la blague potache.
Et la musique me direz-vous ? Parfois associé à la scène post-rock (qui a dit abusivement ?) et aux labels Kranky ou Southern, Trans Am mélange effrontément le rock et l’électro (le superbe titre “4.738 Regrets”) voire ne se pose même pas la question de ce mélange et balance tantôt un morceau purement électro (le très krautrock “First words” qui lorgne du coté de Kraftwerk et de Neu), tantôt un titre à l’énergie dévastatrice à grands coups de riffs de guitares (”Surrender to the night”). Et ça continue comme ça sur tout l’album : “North east rising sun” versus “Conspiracy of the gods”, “Exit management solution” versus “Shining path”…
Seules quelques incursions dans ce qu’on qualifiera faute de mieux d’électro-funk (”Obscene strategies” et cette guitare funky d’un autre âge, “Climbing up the ladder” avec son énorme basse synthétique) viennent rajouter quelques touches de couleurs dans ce tableau d’ensemble. Instruments classiques, samples, claviers, ordinateurs, tout ce qui leur tombe sous la main passe à la moulinette de leur créativité. Ces trois là sont joueurs mais ne vous fiez pas à leur apparente désinvolture, cet album essentiellement instrumental est sacrément travaillé et recèle moults trouvailles : un disque schizophrénique, le cul entre deux chaises, mais tellement bon !

Sex change / TRANS AM (Thrill Jockey, 2007)

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26 février 2008

Album de la semaine : LA RUMEUR, “Du coeur à l’outrage”

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Le groupe, originaire de banlieue parisienne, est composé de 4 rappeurs et de 2 DJ. Et pas n’importe qui puisque certains ont fait partie de groupes pionniers, comme Assassin, qui dès 1985 ont ouvert la voie à une nouvelle génération de rappeurs. L’album Du cœur à l’outrage clôt magistralement le triptyque commencé avec L’ombre sur la mesure (2002) et Regain de tension (2004). Il est l’une des grandes sorties de 2007.

La Rumeur - Du coeur à l'outrageNul doute que ceux que le lien entre musique et politique intéresse auront entendu parler du procès intenté en juillet 2002 par le Ministère de l’Intérieur contre le groupe La Rumeur pour “diffamation publique envers la police nationale”. Rappelons l’objet du délit, phrase d’Hamé, un des rappeurs du groupe, extraite d’un fanzine distribué avec leur premier album L’ombre sur la mesure : “les rapports du Ministère de l’Intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété”….
Effectivement… tendancieux quand on connaît l’attention qui est portée à toute parole publique sur des sujets aussi sensibles. Histoire de vous laisser juge d’une autre forme de dangerosité des textes, je vous laisse en découvrir deux, soigneusement choisis par mes soins :
“La bise soufflera dans les arbres en fleurs, les anges sauteront en folie, comme pour attraper des cœurs, suspendus à l’échelle de l’infini” (Céline DionSi j’étais quelqu’un” dans l’album D’elles, 2007), “la météo, soleil tout là-haut, sauf pour ceux qui brûlent de froid en enfer, tourbillon désinformation, c’est partout l’hiver” (Lara FabianJ’ai zappé” dans l’album Pure, 1997). A méditer…

C’est sûr La Rumeur prend des risques. La façon dont ils libèrent la parole, sans autocensure, avec des textes toujours acerbes, parfois “limite”, leur a attiré de solides inimitiés, comme d’autres en leur temps (tiens cela ferait l’objet d’un savoureux Via Musique ça !). Ce qui les singularise d’autres groupes de rap français semble évident : la qualité de leur écriture.
Véritable concentré de littérature urbaine, l’album hypnotise par son univers sombre et désenchanté porté par des versions instrumentales apocalyptiques. A son écoute, c’est une véritable gifle face à des textes sublimes de lucidité et de colère de la part d’un groupe qui qualifie sa musique de “rap de fils d’immigrés et non pas de rap français”. L’actualité politique et sociale vue de la banlieue … terrible mais instructif. La Rumeur c’est incontestablement les plus belles plumes du rap français. Un talent d’écriture qu’il faut absolument découvrir.


“J’ai pas attendu que la République se taille les veines
Devant l’horreur de nos curriculum
Car entre barbares et racailles comme terminologie du parfait sous-homme
Appauvri ok mais comme de l’uranium”
Du cœur à l’outrage / La Rumeur (La Rumeur Records, 2007)Voir la notice

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19 février 2008

Album de la semaine : GRINDERMAN

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Grinderman - s/tGrinderman a été formé en 2006 par Nick Cave et certains de ses Bad Seeds, le groupe qui l’accompagne depuis plus de 20 ans. La vie de Nick Cave est assez singulière. Né et élevé en Australie jusqu’à l’âge de 23 ans, il a vécu successivement à Londres, Berlin, Sao Paulo et Brighton. Une “gueule” qu’on n’oublie pas, des histoires d’amour tumultueuses (il en garde un stigmate sur la joue gauche), des activités tous azimuts (poète, écrivain, scénariste), une œuvre marquée par la religion et par les racines de la musique populaire américaine, des apparitions au cinéma en tant qu’acteur ou comme compositeur de musiques de films… et mille autres choses, trop longues à raconter ici… mais dont nous parlera peut être Rosie dans un de ses prochains Via Musique qui lui sera consacré.

Rien d’étonnant donc à ce que, à plus de 50 ans, Nick Cave se lance dans l’aventure d’un nouveau projet avec un album résolument plus rock que ses derniers enregistrements. Zigzaguant entre guitares distordues et ambiances blues électrique, on découvre du grand Nick Cave qui reprend sa guitare, pour la première fois depuis longtemps, et nous offre un rock tendu aux histoires tordues, salaces et immorales.
Le premier morceau qui saute aux oreilles est le bruyant et délirant “No Pussy blues” (voir la vidéo en concert ci-dessous) où il narre les frasques d’un type à la recherche désespérée d’un coin chaud où passer la nuit… (les anglophiles comprendront) superbe moment de tension puis d’explosion finale ! Les autres titres ne sont pas en reste. Les parties de guitare de Cave privilégient la spontanéité à la technique, les parties plus calmes sont élégantes mais dégagent une intrigante odeur de souffre. Mute Records avait vu assez juste en qualifiant l’album de “saleté poilue dégoulinante de crasse et de noirceur”.

Bref, une vraie leçon de classe que nous donne ici Nick Cave et ses acolytes, vérifiant l’adage, pourtant rare en rock, selon lequel c’est dans les vieux chaudrons que l’on fait les meilleures soupes.
s/t /Grinderman (Mute Records, 2007)Voir la notice



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29 janvier 2008

Putain de toi, un hommage à GEORGE BRASSENS

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Putain de toi : un hommage à George Brassens

En passant devant la chambre de votre ado, votre oreille soudain frétille : cet air-là, vous le connaissez… voyons, voyons, mais oui, c’est “Putain de toi”, de George Brassens, chanté avec une voix féminine! Qu’arrive-t-il à votre fille, d’écouter des chansons de ce vieux “ringard” moustachu ?
Vous demandez : “c’est qui?”
- “Olivia Ruiz“.
- “Ah! Tu sais de qui est la chanson ?”
- “Parce qu’elle est pas d’elle ?”

Voilà une vision optimiste de l’évolution de la musique que je vous propose là : tous ces Tété, Bénabar, Pauline Croze, Noir Désir, Magyd Cherfi, Grand Corps Malade, etc., etc. nous offrent un Brassens revisité à la sauce rock, reggae, slam, salsa et c’est un vrai bonheur, même pour la puriste que je suis.
Du même coup, ça l’inscrit dans la culture musicale de cette génération, d’une façon détournée certes, mais indiscutable!

Un exemple de valeur sûre à écouter en voiture à plusieurs générations, sans être obligé de changer de disque toutes les cinq minutes sous la pression d’un concert de soupirs.

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22 janvier 2008

PATRICK ARTERO, “Brel”

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Patrick Artero

Encore un revisitage? Et pas chanté en plus, pauvre Brel, se retourne-t-il dans sa tombe? Eh bien non, ce disque n’est que pure délectation : il faut dire qu’il fut conçu par de grands talentueux pour les arrangements, Vincent Artaud et Sébastien Vidal.

La composition du groupe est inédite : trombone, basson, clarinette, flûte et violon alto, en plus des habituels piano, basse, batterie, guitare et trompette.
Le tout est bien classieux et ciselé avec finesse : les mains de Giovanni Mirabassi (au piano) et Minino Garay (aux percus) n’y sont pas pour rien. Et Patrick Artero y ajoute une patte sensuelle avec sa trompette trempée des couleurs latinos, créoles et afro-cubaines qu’il aime. Imaginez : “Madeleine”, version salsa à vous éjecter de votre chaise ou “Les Flamandes”, plus endiablées que jamais.

Un bel hommage, qui mettra en émoi les plus puristes des Brel-ovores…

Brel / PATRICK ARTERO (Nocturne, 2006)Voir la notice

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8 janvier 2008

THEE MORE SHALLOWS, “Book of bad breaks”

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De la pop foutraque, mélange de superbes mélodies et de bidouillages sonores, le tout au service d’un univers très personnel. Une pop gorgée d’émotions en importation directe des Etats-Unis…

book of badVoilà le genre de disque qui vous réconcilie avec le métier de discothécaire. Car après avoir ingurgité des tonnes de nouveautés, après avoir essayé vainement de suivre le flot torrentiel de l’actualité musicale (sans y parvenir), le spécialiste que je suis (sensé être) tombe encore sur ce genre de pépites qui l’aide à s’accrocher à la rive : un groupe à mes oreilles inconnues, jamais entendu parler de près ou de loin et pourtant il s’agit sans doute d’un des disques que j’ai le plus écouté ces derniers mois.

Après consultation de mes archives personnelles(Allmusic), j’apprends que ce groupe de San Francisco nous livre là son troisième album. Si certaines des chansons de Thee More Shallows ont l’évidence de futures classiques (”Night at the knight school“, “The White Mask“) le groupe aime à brouiller les cartes en mélant à sa pop des pincées d’expérimentations et de bidouillages sonores du plus bel effet. La structure même des morceaux est inhabituelle : sur “Night at the knight school” ils nous assènent un magnifique break au premier tiers du morceau avant même le refrain! L’utilisation de la batterie sort aussi de l’ordinaire, on est loin du martèlement métronomique et plus proche du jazz et elle est souvent placé bien en avant dans le mix. Ils parsèment également la tracklist de formats courts, sortes d’intermèdes musicaux (Int #1,#2,#3) qui viennent renforcer la sensation d’arpenter un univers musical fort.

Et quand en plus ils poussent le bon goût jusqu’à sortir ce disque dans un beau digipack avec une pochette pareille, on est obligé de s’incliner bien bas…

A écouter également sur leur site MySpace, le superbe morceau “Ballad of Douglas Chin” extrait de leur premier album “A history of sport fishing” (Monotreme, 2002).
Book of bad breaks / Thee More Shallows (Anticon, 2007)Voir la notice

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3 janvier 2008

THE VICEROYS, “Inna de Yard”

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The Viceroys

Fondé en 1966 en Jamaïque, The Viceroys ou the Voiceroys auraient pu avoir sans problème le succès des Heptones si leur producteur avait cru en eux et financé une tournée mondiale.

Contraints de vivre du métier de joailler pour subvenir à leurs besoins, les Viceroys ont connu un parcours musical tourmenté. Les membres du groupes ont changé, rechangé pour enfin arriver au trio présent : Wesley Tinglin (fondateur du groupe), Neville Ingram et Michael Gabbidon.

La collection Inna de Yard (label Makasound), propose de retrouver la sonorité originelle du reggae. Un retour aux racines imposé par la prise de son, faite depuis une cour intérieure à Kingston (Inna de Yard = dans la cour). Les enregistrements sont produits par le talentueux Earl China Smith (guitariste de Burning Spear, Max Roméo ou Pierpoljak et producteur de nombreux albums reggae). Se sont déjà prêtés à l’exercice, Kiddus I, Linval Thompson ou encore Junior Murvin.

La configuration Inna de Yard rend à la musique des Viceroys toute sa mélodie, son harmonie et son authenticité. Un album roots d’une sincérité étonnante où l’on redécouvre des tubes tels que “Ya Ho” ou “So many problems“. 40 ans après sa création, ce trio vocal a enfin la possibilité d’exprimer son talent au monde entier et il ne s’en prive pas.


Alors si comme moi vous oscillez péniblement entre le mal de cheveux post-nouvel an, la gastro d’après fêtes et le virus qui traine sur les bronches, prenez le temps de jeter une oreille sur cet album aux senteurs de la Jamaïque. Mieux qu’un Fervex, un réconfort !
Inna de Yard / The Viceroys (Makasound, 2007)Voir la notice

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26 décembre 2007

YASMIN LEVY, “Mano suave”

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Yasmin LevyOn peut interpréter la musique séfarade - la musique que les juifs expulsés de la péninsule ibérique à la fin du XVIe siècle ont emportée avec eux, préservée et enrichie au fil des siècles - de différentes façons. Des interprètes venus d’horizons musicaux différents se sont intéressés à ce patrimoine en danger de disparition, essentiellement des chanteuses, car ce répertoire était majoritairement chanté et transmis par des femmes. On peut citer quelques exemples d’interprétations récentes : Montserrat Figueras, soliste de l’Ensemble Hespérion XXI, dirigé par le gambiste catalan Jordi Savall, la soprano française Françoise Atlan, qui y consacra trois disques, ou encore la chanteuse Marlène Samoun, dans un style plus populaire cette fois.

La chanteuse israélienne Yasmin Levy est la fille d’un ethnomusicologue qui était une des figures les plus importantes de la recherche et la préservation de la culture judeo-espagnole. Il est décédé en 1975, l’année de la naissance de Yasmin. C’est pour elle une “mission sacrée” de transmettre à son tour ce patrimoine et de “l’offrir au monde” pour l’empêcher de disparaître. D’une voix grave et fluide, aux arabesques mélancoliques, elle exprime la peine et l’espoir. Elle a écrit et composé elle-même deux chansons de l’album, mais la plupart sont puisés dans le répertoire traditionnel. Ces romances, ballades, poèmes sont chantées en ladino, langue d’exil des séfarades, mélange d’espagnol et de langues locales : hébreu, turc, arabe, selon les pays d’accueil. Les thèmes sont éternels : amour contrarié ou malheureux (Adio kerida, Perdono), berceuses (Nani,nani), nostalgie de Jerusalem (Imre kero), consolation apportée par Dieu ou plus simplement par la danse (Por la mia). Des musiciens provenant d’horizons différents (Espagne, Paraguay, Arménie, Canada, Turquie et Israël, bien sûr) mêlent leurs instruments traditionnels et leurs épices. Natacha Atlas les a rejoint sur le titre phare de l’album : Mano suave.

Merci à Yasmin Levy et ses musiciens de nous emporter pour un voyage vieux de 500 ans, fusionnant les racines andalouses avec les sonorités du monde arabe. “Réconciliation musicale” exemplaire. La musique est tellement plus forte que la politique.
Mano suave / Yasmin Levy (Adama Music, 2007)Voir la notice

Sur You Tube : “Nani,nani (Lullaby)”



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18 décembre 2007

Intégrale DJANGO REINHARDT vol.20 : Pour que ma vie demeure

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Django Reinhardt - Pour que ma vie demeureRésumons : parti taquiner le poisson sur les bords de la Seine à Samois tout en tâtant du pinceau pendant quelques années, le génial manouche semble s’être rangé des guitares. Un témoin de l’époque parle même des cordes “toutes rouillées” de ses instruments. Oublié, loin des feux de la rampe et se contentant d’une vie de “sous-chef de gare à la retraite” selon les bons mots d’Yves Salgues ?

Allons, Allons, on n’enterre pas Django Reinhardt aussi facilement…Il faut dire que l’homme - qui avait de l’orgueil - avait mal vécu l’échec de sa tournée états-uniennes et le relatif désintérêt qui avait suivi son retour en France. Piqué au vif, il s’était mis de lui-même en retrait et avait décrété qu’il n’y avait pas que la guitare dans la vie…

Ce qui va le sortir de sa retraite dorée, c’est l’explosion be-bop qui secoue le monde du jazz outre-atlantique avec l’émergence de figures comme Charlie Parker & Dizzy Gillepsie.

L’intérêt de ce volume est justement de couvrir la période « be-bop » de Django et en particulier les enregistrements mythiques des sessions Clef / Blue Star (mars 1953), soit le disque de chevet de tout guitariste digne de ce nom des années 50 & 60, y compris d’un certain Sacha Distel, alors un des meilleurs guitaristes de jazz français (après Django bien entendu…). Entouré par Maurice Vander (piano), Pierre Michelot (basse) et Jean-Louis Viale (batterie), le quartet enregistre 8 pièces dont 3 signés de Django (les titres 9 à 16 sur le premier cd). Ce qu’on appelle un « classique »…


Grâce soit rendue aux éditions Frémeaux & Associés, responsables de cette faramineuse Intégrale en 20 volumes. Comme d’habitude, un copieux livret accompagne les deux disques avec des photos rares et un texte érudit de Daniel Nevers.
Intégrale vol.20 : Pour que ma vie demeure (1953) / Django ReinhardtVoir la notice

PS : un article précieux sur le jazz manouche, Django Reinhardt et l’héritage qu’il a laissé sur le site de l’ACIM

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10 décembre 2007

PJ HARVEY, “White Chalk”

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P. J. Harvey - White ChalkChère P.J. Harvey,

J’attends chaque nouvel album de vous, avec une impatience toute juvénile (moi qui ne le suis plus pourtant !), car je sais que c’est un défi musical sans cesse renouvelé. Vous êtes de la trempe des artistes qui repoussent leurs limites au plus loin et au plus improbable. Avec cet opus, le pari est à la hauteur de la réalisation : tout simplement grandiose.

Plus de guitares hurlantes et de voix rauques et rugissantes, que vous maîtrisiez admirablement bien pourtant et que j’aimais. Avec White chalk, vous vous mesurez au piano. Et votre voix est montée en octave. Une sérénité toute nouvelle est apparue. Sérénité, matinée d’une douce mélancolie. Les mélodies sont sublimes et sont portés par des arrangements de cordes, subtils et discrets, qui portent votre voix et lui servent d’écrin.

Ces arrangements n’effacent pas (fort heureusement !) un petit côté sauvage et indompté qui ressort à l’écoute. L’émotion est présente à chaque morceau. Essayez «Silence», «The devil», «Dear darkness» et «Broken harp» et laissez-vous entraîner.

White chalk est un album lumineux, brillant comme une belle pierre. Comme un diamant rutilant, peut-être mal taillé. Mais c’est le plus beau carat de ma discothèque du moment.

P.J. HarveyBravo et merci !
White Chalk / P. J. Harvey (Universal, 2007)Voir la notice

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27 novembre 2007

FENNESZ & SAKAMOTO, “Cendre”

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Fennesz / Sakamoto - CendreDans cet album, Ryuichi Sakamoto (piano), a collaboré avec Christian Fennesz (guitare, électronique) : il s’agit d’une réalisation à distance entre Japon et Autriche, destinée à une installation vidéo-musicale : après avoir échangé des éléments à retravailler, ils se sont retrouvés en studio à New-York pour finaliser leur enregistrement.

L’un nous avait livré des musiques de films inoubliables (Furyo, Le dernier empereur…), des disques de rencontres avec entre autres des musiciens de la scène électronique (DJ Spooky dans l’album “Discord”, Talvin Singh…), l’autre nous avait plutôt habitué à des ambiances un peu plus grinçantes (”Endless summer”).

Ici le résultat est d’une beauté quasi lévitatoire : le piano épuré de Sakamoto est soutenu, enrobé, survolé par les nappes des machines de Fennesz : il nous livrent des atmosphères lumineuses et épurées, évoquant tour à tour (et au choix) Satie, l’aurore et le crépuscule, les abysses sereins…

Si vous ressentez le besoin d’une grande respiration avant d’être absorbé par le maelström noëllistique, n’hésitez pas, c’est Sakamoto qu’il vous faut!
Cendre / Ryuchi Sakamoto & Christian Fennesz (Touch Tone, 2007)Voir la notice

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20 novembre 2007

THE YOUNG GODS, “Super ready / Fragmenté”

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Après plus de 20 ans de bons et loyaux services, les Suisses de The Young Gods font feux de tout bois en multipliant les projets (une série de concerts acoustiques) et les sorties de disques (après un best-of XXYears, le prochain album est déjà dans la boite). Pas de signes d’essouflements alors même que beaucoup peinent à se renouveler la quarantaine passée. Le secret de l’éternelle jeunesse ?

The Young Gods - Super ready / FragmentéOubliez les albums précédents (Second Nature et surtout Music for artificial clouds) très électro-ambient, ici il s’agit d’un mélange détonant de rock et de musique électronique avec des détours par le blues (”Machine arrière”). De toute façon, The Young Gods peuvent tout se permettre, comme sortir un disque avec une pochette pareille (strass et paillettes quand même), chanter en français (voire le mélanger avec l’anglais), ils s’en sortent toujours avec classe et un grand sourire aux lèvres.
Des boucles électro obsédantes cèdent la place à des riffs de guitares et à des samples dévastateurs (”Freeze”); les sons électroniques fusionnent avec le rock des genevois et tout ça coule de source : on a jamais l’impression d’un patchwork mais au contraire d’une musique extrêmement cohérente et pensée. Même l’utilisation du vocoder et du sitar (”Stay with us”, la ballade de l’album) d’ordinaire rédhibitoire est bien amenée.

Une production aux petits oignons achève de me convaincre: une grande claque dans ma tronche comme on dit.

Alors, le secret de l’éternelle jeunesse ? L’envie, la passion intacte et la volonté de ne pas (trop) se renouveler… Décidement, les playlists de fin d’année s’annoncent délicates…

The Young GodsSuper ready - Fragmenté / The Young Gods (Pias, 2007)cd5.jpg

A lire, 5 pages d’articles / interviews dans la revue Noise (n°1, été 2007)

Sur le web :

The Young Gods sur MySpace

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13 novembre 2007

NINO JOSELE, “Paz”

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Nino Josele - PazPrenez un jeune musicien espagnol né en 1974 à Alveria, issu d’une lignée de guitaristes flamenco (il a tourné l’année dernière avec Paco De Lucia), découvrant avec ravissement la musique de Bill Evans, pianiste américain de jazz né lui en 1929, et une série de thèmes magnifiques, comme “Waltz for Debby“, ou “Hullo bolinas“, ou encore “The dolphin“. Ajoutez un titre prometteur : “Paz“, la paix en espagnol.

Mâtinez de beau monde tels Marc Johnson ou Javier Colina à la contrebasse, Joe Lovano au saxophone, Tom Harrell ou Jerry Gonzalez à la trompette, Horacio “El Negro” Hernandez à la batterie, accompagnant la guitare de Nino Josele avec brio et délicatesse.

Vous obtenez un album absolument délicieux, de la beauté rare issue de deux univers différents, indispensable pour vos tranquilles soirées d’hiver, vous reposant de la folie ambiante et des clignotants de Noël !

josele.jpg
Paz : The music of Bill Evans/ Nino Josele (DRO Atlantic, 2006)Voir la notice

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6 novembre 2007

OF MONTREAL, “Hissing fauna, are you the destroyer?”

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Comme aime à le rappeler Régis Debray, “il y a 3000 langues dans le monde et seulement 2 écartements de rail de chemin de fer”. Cette maxime pourrait bien s’appliquer au langage musical tant y fourmillent des modes d’expression hétéroclites. La meilleure preuve en est l’ovni que sort aujourd’hui Of Montreal avec “Hissing fauna, are you the destroyer?”

Of Montreal - Hissing fauna, are you the destroyer ?La formation états-uniennes d’Athens sort un 10e album qui mêle pop psychédélique, tubes 80′, funk façon Casio (vous savez les synthés aux sons… heu…singuliers…), disco-pop-glam jouée avec des machines et new-wave rigolote (si, si c’est possible!)
La formule pourrait paraître indigeste ou du moins étrange mais détrompez-vous. Les textes sont mis en lumière par des mélodies tantôt rigolotes (et des chœurs hallucinés débilement naïfs) tantôt évoquant les pires daubes “new waves” des 80’s.
Cet album est complètement barré mais les idées y fourmillent. Certains y verront une niaiserie électro-pop, d’autres un disque euphorisant et énergisant. Personnellement, j’ai choisi mon camp!
Pour mieux comprendre cet album, il faut savoir que Kevin Barnes, chanteur, auteur, compositeur et initiateur du projet a vu sa vie transformée le temps de la gestation de Hissing Fauna. Sa femme le quitte, et cela donne une première partie d’album aux textes cyniques et désenchantés. La deuxième étant marquée par le retour de sa femme et de sa fille et des compositions plus classiques, moins novatrices.


Ce qui conforte l’idée qu’un créateur est souvent un tourmenté… j’ai bien fait de choisir bibliothécaire moi!

Hissing fauna, are you the destroyer? / Of Montreal (Polyvinyl Records, 2007)Voir la notice

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