24 juin 2008

Album de la semaine : FRANK ZAPPA, “Apostrophe (’)”

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Pas de raison particulière à cette chronique consacrée au Mother of Inventions : pas d’anniversaire de naissance ou de mort (ah si il est mort il y a 15 ans !), pas de réédition luxueuse avec raretés et autres live, juste le plaisir de se replonger une fois encore dans l’univers de ce musicien génial qui aura su mieux que personne mêler dans sa marmite infernale jazz (un de ses albums ne s’appelle-t-il pas “Jazz from Hell” ?), rock, blues et musique contemporaine.

A ma connaissance un des rares albums de Zappa à être intéressant de bout en bout (ou presque) : on n’y trouve pas les habituelles scories ou digressions qui venaient parfois gâter le plaisir de l’auditeur au gré de son impressionnante discographie (pas loin de la soixantaine d’albums). Ici il nous gratifie d’un condensé de ce qu’il sait faire de mieux : quelques plans jazz voire free ici et là, de belles envolées de guitares avec ce son caractéristique qui le rapproche par moment d’Hendrix (et le fait que le musicien continue à sortir régulièrement des disques posthume par on ne sait quel mystère ?), des morceaux bien construits et inventifs le tout servi par des musiciens hors pair (entre autres Jack Bruce à la basse) comme d’habitude chez Zappa. Et même une ballade imparable avec une mélodie accrocheuse (”Uncle Remus”) qu’on se plaît à reprendre en chœur.

Tout cela fait ce cet album une porte d’entrée privilégiée dans le monde enchanté de Frank Zappa peut-être davantage encore que la compilation que cet incorrigible satiriste avait sorti sous le nom de “Strictly commercial” (un des albums de son premier groupe The Mothers of Inventions s’intitulait sobrement “We’re only it for the money” soit “On le fait seulement pour le fric”). Les adeptes de la langue de Dylan pourront d’ailleurs apprécier son humour corrosif et son sens de l’absurde. Quant aux autres ils se consoleront largement avec sa musique. A (re)découvrir…

Apostrophe (’) / FRANK ZAPPA (Discreet, 1974)Voir la notice

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16 juin 2008

Album de la semaine : NIBS VAN DER SPUY, “Beautiful feet”

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Nibs Van Der Spuy - Beautiful feet

Vous aimez le folk ?

Alors notez son nom et écoutez le troisième album, entièrement acoustique du chanteur NIBS VAN DER SPUY qui est … sud-africain.

Au premier abord sa musique épurée rappelle celles des années 70, mais elle a aussi des échos du monde entier (un sitar indien par exemple). L’authenticité et la générosité de l’artiste passent dans la fraîcheur de ces ballades intemporelles à la guitare acoustique. Des chansons qui parlent au cœur…

Beautiful feet / NIBS VAN DER SPUY (2feet, 2007)

 


Et une petite vidéo en bonus avec le titre éponyme, “Beautiful street”



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10 juin 2008

Album de la semaine : MASERATI, “Inventions for the new season”

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Voilà le genre de disque qui, malgré une distribution incertaine et une exposition médiatique proche du zéro, est susceptible d’intéresser pas mal de monde : adeptes du Floyd, de Police, du rock progressif voire du post-rock et au final ça commence à faire du monde et peut-être même un public.

De Pink Floyd, on retrouve les ambiances et cette place particulière donnée à la guitare basse (qualité mélodique et position très en avant par exemple sur “Inventions” ou sur l’hallucinant “Show me the season” où la section rythmique est proprement démoniaque), de Police le son des guitares très clair sans effets superflus avec juste ce qu’il faut de delay, la distorsion étant réservé au climax des morceaux. Pour le coté progressif pas celui des années 70 attention : ici pas de technicité démonstrative qui s’étire en longueur ni de style pompier indigeste à la Yes ou Dream Theater. Pour ce qui est du post-rock, le format des titres qui oscille entre 4 et 10 minutes, le coté purement instrumental et l’absence total de chant suffirait à attirer l’oreille des afficionados. Mais l’essentiel avec MASERATI reste l’attention porté aux mélodies (les 2 très beaux instrumentaux “Kalimera” et “Kalinichta” pour s’en convaincre) et la volonté de faire du neuf avec du vieux et voilà le type de performances qui me fait encore bondir de joie. D’ores et déjà favori 2008 !

Seule déception, la présentation du disque est vraiment faiblarde : passe encore la pochette (une sorte d’éclipse de fin du monde menace un centre ville ultra-moderne et au dos l’apocalypse plane sur la Côte d’Azur, mouais pourquoi pas…), mais alors le livret minimaliste (un simple feuillet avec une photo : les gaziers dans un champ de fleurs, hum…) là où il faudrait un vrai effort sur l’objet-disque (oui comme on dit l’objet-livre avec la qualité du papier, le grain, la mise en page, les textes des chansons, etc) pour que les gens continuent d’en acheter, là on est vraiment loin du compte. Voilà, c’est dit !

Inventions for the new season / MASERATI (Temporary Residence, 2007)Voir la notice

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3 juin 2008

Album de la semaine : XAVIER GARCIA, “Radiorama”

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Cet enregistrement est le résultat d’une commande que l’ Ina-Grm (Institut National de l’Audiovisuel / Groupe de recherches musicales) a confié à Xavier Garcia (conception générale, sampler, traitements), Alexandre Meyer (guitare électrique) et Lucia Récio (voix) : Christian Zanési, du GRM, et Arnaud Touveron, de la phonothèque de l’INA, leur ont demandé d’utiliser librement 50 ans d’archives radiophoniques et d’en faire un “recréation” musicale.
Xavier Garcia a fait de cette matière sonore une œuvre de collages et de mixages, mêlant des tranches de ces “ondes merveilleuses”, la guitare électrique et la voix comme autant d’éléments sonores. On y retrouve avec bonheur des citations de Coluche, Pierre Dac (et les inoubliables Albert Tunoulet et Raphaël Fauderche), le Général De Gaulle, le début des radios libres, et dans la série “la physique amusante”, un mode d’emploi pour régler la stéréo.
Suivons le conseil qui nous est donné : “Accordez vos appareils…”, et laissons-nous aller tour à tour à la nostalgie, au rire et aux questionnements sur l’avenir de la radio.

Pour suivre quelques pistes dans le domaine des musiques expérimentales et “de traverse”, un livre passionnant a été publié en 2007 par Philippe Robert aux éditions Le mot et le reste : “Musiques expérimentales : une anthologie transversale d’enregistrements emblématiques”, préfacé par Noël Akchoté.
C’est un livre que l’on peut butiner au gré de son humeur : chaque texte met en lumière un enregistrement d’un créateur, et ne dépasse généralement pas les trois pages (et bien sûr vous pouvez retrouver bon nombre des musiciens cités dans les rayons des discothèques de Grenoble).
Ce livre est cité dans deux articles : sur le site Néosphères, qui comme son nom l’indique, s’intéresse aux musiques innovatrices dans tous les domaines (rock, jazz, électro, etc), et dans un article de l’encyclopédie en ligne Wikipédia, intitulé “Musique expérimentale”, sur les différents emplois de ce terme, très clair et bourré de liens interessants.

Radiorama / XAVIER GARCIA (Signature, Radio France 2006) Voir la notice
Musiques expérimentales / PHILIPPE ROBERT (Le mot et le Reste, 2007)Voir la notice

Un site amateur (www.avantgardeproject.org), qui propose des enregistrements de musique contemporaine ou électroacoustique jamais édités en Cd, numérisés à partir de vinyles au format Flac.

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27 mai 2008

Album de la semaine : J.S.BACH, “Sonatas” par Viktoria Mullova et Ottavio Dantone

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La musique baroque n’est pas votre tasse de thé ? Méfiance, parions qu’une bonne pub ou une musique de film l’utilisant vous a charmé un jour et vous ferait changer d’avis ! Qui n’a pas aimé la “Sarabande” de Haendel dans Barry Lindon, le prélude de Bach “La tourneuse de pages”, sa toccata dans le film “De battre mon cœur s’est arrêté” ?

Bach - SonatasCes sonates pour violon et clavecin composées entre 1717 et 1723 innovaient à leur époque : le clavecin est soudain utilisé comme instrument à part entière et plus seulement comme basse continue. De plus, les compositeurs adaptaient leurs œuvres pour d’autres instruments et les interprètes avaient libre choix des instruments. Ainsi les sonates 1021 et 529 sont jouées avec orgue, viole de gambe et luth comme basse continue, ce qui donne une variété de timbres extraordinaire. Sans parler de l’improvisation, qui était possible, mais s’appelait plutôt ornementation…
Leur unité harmonique, rythmique et mélodique impressionne, une véritable illustration du savoir composer, et ce qui s’en dégage invite à la sérénité. Ajoutez à cela le jeu limpide et fin des jeunes Viktoria Mullova au violon et Ottavio Dantone au clavecin et le charme est total…

Des enquêtes révèlent que la musique classique est de plus en plus écoutée en vieillissant : peut-être ferez-vous un jour partie de ceux qu’elle apaise et tonifie ?

Sonatas / Jean-Sébastien BACH (Onyx, 2007)

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20 mai 2008

Album de la semaine : DJIVAN GASPARYAN, “The soul of Armenia”

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Djivan Gasparyan

Si vous voulez découvrir le son particulier du doudouk, hautbois en bois d’abricotier emblématique de l’Arménie, écoutez le double album de la collection Portrait que le label allemand Network consacre à Djivan Gasparian, passé maître dans le jeu de cet instrument.

Il y joue des morceaux traditionnels dans de petits ensembles de doudouks, ou des pièces avec d’autres artistes du monde entier tels que Sainkho Namtchylak, Michael Brook, Nusrat Fateh Ali Khan, Hossein Alizadeh et, par delà l’histoire, le Turc Erkan Ogur.

The soul of Armenia [L’âme de l’Arménie] / DJIVAN GASPARYAN (Network, 2007)Voir la notice

Djivan Gasparyan - Eshkhemed

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14 mai 2008

Album de la semaine : JULIETTE “Bijoux et babioles”

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Juliette - Bijoux et babiolesJuliette, c’est une petite bonne femme potelée bourrée de talent et de fantaisie. Egale à elle-même à chaque nouvel album, c’est un vrai régal des oreilles : des mélodies et des paroles à vous donner envie de danser dans la rue avec le sourire aux lèvres (”tu ronfles !”, “la jeune fille ou le tigre“).

Au milieu de l’album, surprise : Juliette chanterait faux ? Ouf, ce n’est qu’un hommage aux “casseroles” du show-business (”Casseroles et faussets“) et au phénomène Florence Foster Jenkins, chanteuse ratée à qui le richissime mari permit de produire des disques inoubliables.

En plus, elle ne se contente pas de chanter, elle compose tout et parfois pétrit elle-même son piano avec une joie communicative.

Un vrai bonheur qui nous confirme la venue du printemps !




Bijoux et babioles / JULIETTE (Polydor, 2008)Voir la notice

PS : un de ses concerts est à voir sur le poste dédié à la Cité de la Musique à la Discothèque Centre Ville.

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30 avril 2008

Album de la semaine : CARLA BLEY “The Lost Chords find Paolo Fresu”

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La revue Jazzman de février dernier vous proposait une sélection de disques à écouter le jour de la Saint-Valentin, dans le genre bien cool bien romantique…

Celui-là aurait pu en faire partie car il est de cette teneur, et il rassemble en plus le grand talent de Carla Bley, qui a composé ces neuf pièces, et le grand talent de ses compères formant «The Lost Chords » : Steve Swallow à la basse, Andy Sheppard au sax ténor ou soprano, Billy Drummond à la batterie.
Le plus de l’opération séduction, c’est l’invité Paolo Fresu en personne et sa trompette magique. A eux cinq ils forment pour l’occasion le «Banana Quintet» et interprètent six pièces intitulées «Banana».

Laissez-vous porter et savourez la finesse de ce joyau musical, et découvrez la petite histoire de ce quintette en lisant le livret, sous forme de roman photo truffé d’humour !

The Lost Chords find Paolo Fresu / CARLA BLEY (ECM, 2007)Voir la notice

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23 avril 2008

Album de la semaine : THE KILLS “Midnight boom”

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Il n’a pas que pour l’invasion de l’Irak en 2003 qu’Etats-Unis et Angleterre s’entendirent comme larrons en foire. Sur le terrain du bel amour américano-anglais une autre artillerie lourde débarque en ce moment sur le continent européen avec un généreux troisième album : The Kills.

Couple à la vie comme à la scène, monsieur est Anglais et guitariste, madame est New-Yorkaise et chanteuse. Ils se sont re-nommés Hôtel pour lui et W pour elle, histoire de se couper de leur passé musical et de repartir de zéro. La profession de foi de cette naissance était assez éloquente puisqu’il s’agissait de dépouiller le rock de tous ses artifices pour en retrouver la quintessence.
Avec THE KILLS en concert la tension est palpable. Un grand spectacle. Dans le bon sens du terme : mettre sa vie entre les mains des spectateurs, monter au front tel le soldat et jeter ses dernières forces dans la bataille. Respirer le moment présent comme un condamné profitant de son dernier clope. De la chair et de la sueur, du sexe et du métal, des tripes et du sang. Ça frotte, ça gémit, ça crache, ça suinte, c’est moite. Ca laisse un arrière goût dans la bouche, pendant plusieurs jours.
Leurs deux précédents albums avaient marqué les esprits sans devenir pour autant des incontournables. Ils souffraient de plusieurs handicaps : trop minimalistes, trop dépouillés, trop hermétiques. Et à force de faire dans le trop, on s’éloigne du public.

“Midnight Boom” : enfin le grand album de The Kills que l’on attendait ! Tout en restant fidèle au son rugueux et sans compromis de leurs premières productions, le groupe met un peu d’eau dans son vin en distillant au fil des morceaux un peu d’électronique par exemple. Les titres défilent, laissant apparaître différents facettes de leur talent et de leur singularité. L’ambiance reste sombre mais des touches mélodiques apportent de la douceur et viennent ainsi mettre les compositions en relief. On retient l’entêtant Alphabet pony, U.R.A. fever. Ou encore le magnifique Goodnight bad morning, une chanson à chialer dans sa bière, comme aux plus belles heures du Velvet Underground. La voix de W est toujours envoûtante, et s’essaye même, plutôt bien, à des chœurs (What New York used to be).
Assurément un feu intérieur les dévore encore. Et comme pour “No Wow” en 2005, on est sur le fil du rasoir, dans l’attente permanente de l’éruption qui viendra déverser dans nos oreilles des torrents de lave en fusion. Mais ici la tension est contenue, ravalée, intérieure.

The Kills prouve définitivement avec cet album qu’il “l’un des” sinon LE groupe des années 2000.
Midnight boom / THE KILLS (Domino Recordings, 2008)Voir la notice

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15 avril 2008

Album de la semaine : DJEMDI “1+1+1+1=1″

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La scène locale grenobloise est à l’honneur sur Bmol ! Après les reggaemen de WAREIKA HILLS & MIKROMAN, voici venu DJEMDI, pas tout à fait une nouveauté pour ceux qui suivent régulièrement l’actualité musicale grenobloise, mais un véritable ovni dans le paysage musical d’ici et d’ailleurs.

Djemdi - 1+1+1+1=1DJEMDI est une formation originale qui associe les percussions (essentiellement le djembé) et le didgeridoo, cette étrange instrument issu de la culture aborigène australienne. Alors à quoi peut bien ressembler une telle association musicale ? Par moments on pense à de la techno bien qu’ il n’y ait aucun ajout électronique, l’ensemble de l’album (excepté le très reggae/rap Je souffle dans un tube) étant instrumental. Mais cette musique basée sur le rythme et la répétition évoque tellement la transe qu’il est difficile de ne pas penser à de la Goa ou de la Trance justement. Ecouter aussi Bleu avec ses lentes montées / explosions caractéristiques du genre.

La monotonie qui pourrait menacer l’ensemble par moments est brisée par l’apport d’autres touches de couleurs sonores autour de ce noyau dur percussions / didgeridoo. Comme sur le morceau Bleu avec l’ajout de chants, sur Vert où le didgeriddo se déploie sur des harmonies de guitare et où apparaît par moments des lignes de basse dont le son n’est pas sans m’évoquer la new wave et Joy Division ! Ou encore avec cette intro à la guitare acoustique aux accents flamenco sur le titre suivant Brun Dam’mix.
Quoi qu’il en soit difficile de ne pas être impressionné par la technique de didgeridoo des 2 “souffleurs” Batman et Keké : les variations d’effets sont nombreuses et soulignent toute la diversité de sons qu’on peut obtenir, le tout bien mis en valeur par une production soignée.

Un album qui a du coffre sans aucun doute…
1+1+1+1=1 / DJEMDI (Mosaic Music, 2006)Voir la notice

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9 avril 2008

Album de la semaine : WAREIKA HILLS & MIKROMAN, “Bonnes vibes”

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Voilà une page de l’histoire du reggae grenoblois qui s’écrit aujourd’hui avec la sortie d’un album, remarqué, d’un groupe et d’un chanteur : Wareika Hills & Mikroman.

J’avais entendu pour la première fois Mikroman comme invité d’un concert de Soul Of Kumbah (autre groupe de reggae local qui nous prépare un alléchant premier album) et j’avais tout de suite été séduit par sa voix. Une belle voix. Un grain qui donne envie d’en savoir plus et qu’on attendait depuis longtemps sur Grenoble, depuis la retraite (définitive ?) d’un certain Eldé à vrai dire.

Musicalement, l’album tient la route. De belles parties de guitare et de claviers, de la mélodie, des textes humanistes, une prise de son et un mixage assurés par Ivan de Sinsemilia, un coup de main de Bozo au sax alto (même provenance) et d’Arash à la flûte traversière (Emzel Café). Et puis des versions roots dancehall bien huilées au groove impeccable.
Le groove reggae… Le terme de groove, plutôt réservé à la funk ou à la soul, n’est pas très approprié. Si vous voulez vous la jouer connaisseur des musiques caribéennes, utilisez plutôt la formule “putain… ça joue!”. Cette façon de jouer, cette “tourne”, est à peine explicable en terme technique (une bonne basse et un bon charley pour faire court). Mais on la sait de qualité quand un balancement de tête vient nous rappeler que l’esprit est là et que les petits gars ont du faire leurs classes question écoute de classiques jamaïquains. Une vibration, un souffle. Qui imposent inéluctablement de monter encore le volume et le potentiomètre “bass” de l’ampli.

C’est cet esprit chez Wareika Hills qui les adoubent ici comme des “militants du pur reggae”, titre de noblesse pas facile à obtenir de la part d’un ancien routard du genre comme l’est, en toute modestie, votre serviteur ! Un bien beau premier album en vérité (le groupe avait déjà sorti un disque mais avec une équipe différente). Depuis quelques années qu’on attendait la relève côté reggae sur la région… voilà enfin un album qui nous donne à espérer pour le futur et qui me donnerai presque envie de me lancer dans la production, tiens…

“On a du love à partager” nous dit Wareika Hills… et bien je vais vous dire : ça se sent!

Bonnes vibes / WAREIKA HILLS & MIKROMAN (Autoproduction, 2007)Voir la notice

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25 mars 2008

Album de la semaine : JACO PASTORIUS, “s/t”

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Le disque qui a fait éclater le talent de Jaco Pastorius à la face du monde. Celui qui a projeté la guitare basse dans une nouvelle ère. Que reste-t-il de cet album plus de trente ans après ? L’occasion d’une réécoute attentive de cet album patchwork.

Aujourd’hui la guitare basse apparaît comme un instrument décomplexé : les bass-hero ont piétinés depuis belle lurette les plates-bandes de leurs collègues guitaristes (Flea des Red Hot Chili Peppers, Bill Laswell, Marcus Miller, etc) et on a même vu des groupes affichés plusieurs bassistes. Et que dire des duos basse-batterie qui ont fleuri dans la scène noise-punk-rock tout au long des années 90 (un groupe au hasard : Belly Button). Bref si la basse a définitivement acquis ces lettres de noblesse elle le doit aussi à cet homme.
Pour cet album, Pastorius a convoqué le gratin musical et à vrai dire les gens se bousculaient pour en être tant sa réputation l’avait précédé: Herbie Hancock, Wayne Shorter, David Sanborn, Randy Brecker… Qu’un musicien de 25 ans signe 8 des 10 titres de l’album et aborde une telle variété d’ambiances et de styles (jazz-fusion, musique des Caraïbes, funk, soul, influences d’Afrique) reste bluffant aujourd’hui encore.

Ca commence très fort avec “Donna Lee” (Charlie Parker) un vrai morceau de bravoure et avec une orchestration originale en plus : un duo basse-congas. D’entrée ce morceau-manifeste résume les ambitions du musicien : placer son instrument au niveau du saxophone ou de la trompette, ni plus ni moins.
S’ensuit “Come on, come over“, un morceau soul / funky qui reflète peut-être le mieux l’époque d’enregistrement (avec les violons qui semblent datés sur “Kuru/Speal like a child“) et reste le moins original.
Puis c’est la ballade “Continuum” ou Jaco prend la place du soliste ce qui en 1976 était passablement incongru. Il expose le thème et improvise allègrement et avec virtuosité (comme il le fera également sur “[Used to be a] cha-cha“). Les autres musiciens (Herbie Hancock au Fender Rhodes quand même) ne font que mettre en valeur le jeu et l’inspiration du bassiste.
Le morceau suivant met en évidence une autre influence de Pastorius (et peut-être encore plus le morceau “Okonkole Y Trompa“) : l’Afrique qu’il fait surgir avec ces lignes de basse hypnotiques qui tournent en boucle.
La diversité de son talent s’exprime aussi dans le très beau et apaisé “Portrait of Tracy” où il parvient en solo à faire surgir un univers musical riche comme pourrait le faire un pianiste ou un guitariste en melant dans son jeu accords et harmoniques.

Cette album fit l’effet d’une vrai bombe dès sa sortie dans le milieu du jazz et propulsera Pastorius dans un des groupes phares des années 70 : le Weather Report de Joe Zawinul et Wayne Shorter

s/t /Jaco Pastorius (1976, Sony)Voir la notice

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18 mars 2008

Album de la semaine : MISS KITTIN, “Batbox”

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Après quatre ans d’attente, le nouvel opus solo (déjà le troisième) de la Djette grenobloise est enfin disponible et franchement… quel régal ! La Miss impressionne par sa maîtrise et la cohérence de ses productions / enchaînements mais aussi et surtout par sa voix hypnotique et son faux accent “à la française” mutin et sensuel en diable.

Elle nous livre un univers très personnel (sacré mélange de culture pop, techno et gothique) et ses réflexions / observations sur ses congénères qui peuplent le monde de la nuit. Milieu qu’elle affectionne et connaît parfaitement. Logique pour une Djette de sa renommée et régulièrement invitée d’honneur des plus grands clubs du monde (et même de la MC2 lors de sa “Nuit électro 2007″ !!).

Ce qui est sûr c’est que l’écoute de “Batbox” suscite une envie irrésistible de bouger, de danser aux rythmes de sa trans, de l’électro pop ou rock… L’ambient et l’expérimentation, c’est moins propice…quoique ! Elle prouve en tout cas avec ce disque qu’elle est l’une des meilleures ambassadrices de l’électro made in France de ces dernières années.

misskittin.jpgBatbox / MISS KITTIN (Nobody’s bizness, 2007)Voir la notice

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12 mars 2008

Album de la semaine : “Les 3 papas”

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Avec ce Livre-Cd, ça va swinguer dans les chaumières ! Marc Caillard, le fondateur d’ Enfance et musique, nous propose une plongée dans sa famille… musicale. Les chansons, traditionnelles ou nouvelles, sont autant de clins d’œil drôles ou tendres aux liens de parentés.

Issu d’une famille de musiciens, Marc Caillard a convié ses deux frères à l’accompagner dans cette aventure musicale (chants et piano). On y retrouve un mélange de chansons traditionnelles (”Trempe ton pain Marie”, “Ne pleure pas Jeanette”) orchestrées avec talent.

On découvre des reprises surprenantes comme la chanson de Brassens “Maman papa”. On fredonne en famille les paroles de ces morceaux accompagnés à merveille par les dessins d’Antonin Louchard, illustrateur jeunesse reconnu.

A écouter avec tendresse et sans modération.

Les trois papas / Hélène Bohy et Philippe Berthe (Enfance et musique, 2007)Voir la notice

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4 mars 2008

Album de la semaine : TRANS AM, “Sex change”

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Une fois encore je me vois forcé d’avouer mon ignorance de ce groupe. A ma décharge, je ne peux même pas invoquer la maigreur de leur discographie, ce trio de Washington DC a eu une production pléthorique : pas loin de 10 beaux albums en un peu plus de 10 ans. Mais qu’ai-je donc fait pendant toutes ces années ? Bref, une fois encore je fais pénitence et m’engage à écouter avec délice plusieurs Ave maria !

Trans Am - Sex changeVoila bien un disque qui n’annonce pas la couleur. Car derrière cette pochette énigmatique (un discret hommage au David Lynch de Twin Peaks ?) et un titre racoleur / paresseux pas d’autre enseignement à tirer que le penchant des énergumènes pour la blague potache.
Et la musique me direz-vous ? Parfois associé à la scène post-rock (qui a dit abusivement ?) et aux labels Kranky ou Southern, Trans Am mélange effrontément le rock et l’électro (le superbe titre “4.738 Regrets”) voire ne se pose même pas la question de ce mélange et balance tantôt un morceau purement électro (le très krautrock “First words” qui lorgne du coté de Kraftwerk et de Neu), tantôt un titre à l’énergie dévastatrice à grands coups de riffs de guitares (”Surrender to the night”). Et ça continue comme ça sur tout l’album : “North east rising sun” versus “Conspiracy of the gods”, “Exit management solution” versus “Shining path”…
Seules quelques incursions dans ce qu’on qualifiera faute de mieux d’électro-funk (”Obscene strategies” et cette guitare funky d’un autre âge, “Climbing up the ladder” avec son énorme basse synthétique) viennent rajouter quelques touches de couleurs dans ce tableau d’ensemble. Instruments classiques, samples, claviers, ordinateurs, tout ce qui leur tombe sous la main passe à la moulinette de leur créativité. Ces trois là sont joueurs mais ne vous fiez pas à leur apparente désinvolture, cet album essentiellement instrumental est sacrément travaillé et recèle moults trouvailles : un disque schizophrénique, le cul entre deux chaises, mais tellement bon !

Sex change / TRANS AM (Thrill Jockey, 2007)

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