Sexe, censure et rock’n'roll : THE BRIGHTON PORT AUTHORITY
Connaissez-vous The Brighton Port Authority ? Probablement pas encore…
Si je vous dit Norman Cook vous ne serez peut être pas plus avancé. Mais si je vous parle de Fatboy Slim, impossible d’être passé à côté de son nom, du visuel d’un de ses albums (un très joufflu ado américain) ou de l’une de ses productions. Son morceau “Right here, right now” a été emprunté par tout un tas de films, de séries télé et de publicités. Cet ancien DJ et bassiste des Housemartins entame sous le nom The Brighton Port Authority une troisième carrière, et nous livre un album dans lequel on retrouve, outre David Byrne et Dizzee Rascal, Martha Wainwright et Iggy Pop.
L’intérêt de la rubrique Vidéo de Bmol dépasse parfois le simple plaisir visuel. Tout comme il peut être intéressant de pister dans la production discographique actuelle –tel un Sherlock Holmes ou devrais-je dire un inspecteur Derrick pour faire plus moderne- ce qui relève du champ social, politique ou sociologique, on ne se lasse pas d’aller chercher “derrière l’écran” ce que peut suggérer tel ou tel parti pris artistique.
Ici un joli cas d’espèce de parodie de censure d’images.
A la vue de ce petit bijou de clip et de son parfum de scandale, plein de souvenirs voluptueux s’entrechoquent dans mon cerveau d’obsédé télévisuel. La vision du tétoune de Janet Jackson (fort joli d’ailleurs) pendant la finale 2004 du Super Bowl qui scandalisa l’Amérique puritaine. La découverte de la sextape de Meg White des White Stripes en lisant le journal en ligne (si si je vous promets). Ou encore le dernier album de Sébastien Tellier “Sexuality” qui, outre une pochette d’un autre âge, a le mérite d’avoir enfanté cette déclaration définitive de son auteur : “j’ai trouvé plus fort que la politique… le sexe”.
Et oui. Car si l’engagement social (politique? citoyen?) en musique se révèle être un art risqué et ne fait plus forcément recette chez nos artistes, le sexe reste une valeur refuge. Et l’on verra avec quelques exemples qu’autant les pouvoirs -politique, médiatique, de l’industrie du disque- peuvent faire semblant de veiller sur nos bonnes mœurs en tapant sur les doigts d’un Raphaël montrant dans son dernier clip 2 femmes s’embrassant, qu’autant la véritable censure, elle, s’intéresse à du lourd, à du sérieux, à ce qui dérange vraiment.
Car il n’y a quasiment plus de tabou concernant le sexe. La censure est un jeu dont il convient de connaître les règles. Et la règle première en la matière est que l’on ne censure que ce qui dérange vraiment. On minaude sur le sexe -brouillage de piste?- mais on ne plaisante pas avec le haut niveau. Une grande chanteuse devenue 1ère dame de France qu’on voit nue dans les magazines, pas de problème man! Un ancien président américain amateur de cigares sauce moules-frites? De la broutille mon gars! Madonna à poil à 50 balais? Du pipi de chat lascar! Mais touchez pas au grisbi! Qui s’y frotte s’y pique! La Rumeur dénonçant des bavures policières, Tiken Jah Fakoly s’attaquant à la post-colonialiste Françafrique, le clip “Stress” du groupe Justice jouant avec les limites de ce qui peut être montré, le groupe refusant d’ailleurs la diffusion dudit clip, les locaux de Sinsemilia et leurs attaques vis-à-vis du pouvoir? Ah là, non! Faut rester sérieux les gars, on ne peut pas mettre notre jeunesse en péril.
Maintenant le cul est devenu si conventionnel que Florent Pagny, notre rebelle national, est obligé de se teindre en blond et de s’habiller en pancho pour faire style. Dénoncer des abus de pouvoir ou les maux de notre société deviendra bientôt plus dangereux que détourner des millions ou braquer une agence de la Caisse d’Epargne (quoi qu’en ce moment…). C’est le monde à l’envers Madame Michu!
Sur le sujet on pourrait en dire des tonnes, des tonnes, des tonnes… Mais on se calme. Plutôt se délecter de ces quelques grammes de finesse dans ce monde de putes brutes!

















